Je connaissais les merles blancs, tu me rejouis l'âme avec ces ânes blancs si doux marchant le long des houx ( Francis Jammes ) et qui ne se départissent pas de leur sérénité quand tu les immortalises en famille pour rejoindre tes albums de cheminants.
Ce fut le premier poême que j'appris enfant sur les bancs de l'école des années 50 à Rabastens:
J'aime l'âne si doux
marchant le long des houx.
Il prend garde aux abeilles
et bouge ses oreilles;
et il porte les pauvres
et des sacs remplis d'orge.
Il va, près des fossés,
d'un petit pas cassé.
Mon amie le croit bête
parce qu'il est poète.
Il réfléchit toujours.
Ses yeux sont en velours.
Jeune fille au doux coeur,
tu n'as pas sa douceur:
car il est devant Dieu
l'âne doux du ciel bleu.
Et il reste à l'étable,
résigné, misérable,
ayant bien fatigué
ses pauvres petits pieds.
Il a fait son devoir
du matin jusqu'au soir.
Qu'as-tu fait jeune fille?
Tu as tiré l'aiguille...
Mais l'âne s'est blessé:
la mouche l'a piqué.
Il a tant travaillé
que ça vous fait pitié.
Qu'as-tu mangé, petite?
- T'as mangé des cerises.
L'âne n'a pas eu d'orge,
car le maître est trop pauvre.
Il a sucé la corde,
puis a dormi dans l'ombre...
La corde de ton coeur
n'a pas cette douceur.
Il est l'âne si doux
marchant le long des houx.
J'ai le coeur ulcéré:
ce mot-là te plairait.
Dis-moi donc, ma chérie,
si je pleure ou je ris?
Va trouver le vieil âne,
et dis-lui que mon âme
est sur les grands chemins,
comme lui le matin.
Demande-lui, chérie,
si je pleure ou je ris?
Je doute qu'il réponde:
il marchera dans l'ombre,
crevé par la douleur,
sur le chemin en fleurs.
Que c'est beau! On y trouve toute la beauté quintescente de simplicité des chemins fleuris, si souvent empruntés par leur petits pieds. Leurs petits sabots se perlaient de la rosée que le matin déposait sur les touffes de thim. Aujourd'hui il n'y a plus guère que les pèlerins de Saint Jacques qui posent encore leurs pas chaussés de bons souliers dans les sentes où les empreintes de leurs sabots se sont effacées. Les ânes ont disparus pour les taches ingrates.
Les seuls qui ont réussi à venir jusqu'à nous ne sont plus maltraités sous nos latitudes. Il ne sont plus là que pour couler des vies plus paisibles dans les bois et les prés de Mascale ou de Goudourvielle.
Aldo